Vous avez passé une journée entière à débroussailler, le dos courbé, la débroussailleuse en main. Deux mois plus tard, les ronces sont revenues. Les genêts repoussent du bas, plus denses qu’avant. Ce n’est pas une question de matériel ni de motivation : c’est simplement que couper ne suffit pas. Tant que les racines sont vivantes, la végétation reprend. C’est là que le Garlon Pro change la donne. Ce n’est pas un produit miracle, c’est un outil de fond, conçu pour dévitaliser les ligneux de l’intérieur. Mais il est puissant, strictement réservé aux professionnels, et mal utilisé, il peut détruire une prairie au lieu de l’entretenir. Ce guide est là pour éviter ça.
Ce que le Garlon Pro fait vraiment (et ce que ses concurrents ne précisent pas)
Le Garlon Pro est un herbicide systémique à double matière active : Triclopyr à 240 g/L et Clopyralid à 60 g/L. Ces deux molécules appartiennent à la famille des acides pyridinecarboxyliques. Leur mode d’action est hormonal : elles mimiquent les auxines, les hormones de croissance des végétaux, et provoquent une croissance anarchique qui épuise puis tue la plante. L’action est systémique, c’est-à-dire que le produit circule dans la sève et descend jusqu’aux racines. On ne coupe pas, on dévitalise.
Ce que beaucoup de fiches produits ne disent pas clairement, c’est la sélectivité graminées du Garlon Pro. Les graminées, structurellement différentes des dicotylédones, ne métabolisent pas ces molécules de la même façon. Résultat : le produit détruit les ligneux et les adventices à larges feuilles sans toucher au couvert herbacé. Pour un éleveur qui veut récupérer une prairie envahie par les arbustes, c’est une différence fondamentale. Un herbicide total ferait table rase. Le Garlon Pro cible.
Qui peut acheter et utiliser le Garlon Pro ?
Soyons directs : le Garlon Pro n’est pas accessible aux particuliers. Sa mise sur le marché est encadrée par l’autorisation de mise sur le marché n° 8100006, délivrée par l’Anses. Sa distribution est réservée aux professionnels titulaires d’un certiphyto, le certificat individuel d’utilisation des produits phytosanitaires. Le produit est commercialisé par Corteva Agriscience (anciennement Dow AgroSciences) et distribué via les coopératives agricoles et négoces spécialisés.
La confusion avec des produits grand public est fréquente, et compréhensible. Certains débroussaillants vendus en jardinerie contiennent du triclopyr sous d’autres noms commerciaux, à des concentrations bien inférieures. Le Garlon Pro est une formulation professionnelle : la concentration est plus haute, le cadre d’emploi plus strict. Acheter un produit « proche » en jardinerie en pensant obtenir le même résultat est une erreur de jugement courante sur le terrain.
Les végétaux ciblés : ronces, genêts, arbustes et espèces invasives
Le Garlon Pro est homologué pour lutter contre un large spectre de végétaux ligneux et semi-ligneux. Voici les principales espèces visées, celles pour lesquelles le produit a démontré son efficacité dans les conditions d’homologation :
- Ronces (Rubus spp.)
- Genêts (Cytisus scoparius et espèces voisines)
- Orties et grandes orties (Urtica dioica)
- Chardons (Cirsium arvense, Carduus spp.)
- Fougères aigle (Pteridium aquilinum)
- Prunelliers, aubépines et autres arbustes en jeunes repousses
- Espèces invasives ligneuses en zones rurales et en talus
Ce que le Garlon Pro ne touche pas, c’est précisément ce qu’on veut garder : les graminées, les fétuques, les dactyles, les ray-grass. Cette sélectivité n’est pas un détail. C’est ce qui rend le produit utilisable en prairie, en bord de voie ou sur des talus enherbés sans sacrifier le couvert végétal. Un outil redoutable, mais pas aveugle.
Dosage et préparation de la bouillie
La préparation de la bouillie est une étape que beaucoup expédient à tort. Pour une dévitalisation sur pied, la dose recommandée est de 1 litre de Garlon Pro pour 100 litres d’eau. La dose maximale homologuée est de 2 litres par hectare. On remplit le pulvérisateur à moitié avec l’eau, on ajoute le produit, on complète et on agite. L’ordre d’introduction compte : jamais le concentré en premier dans une cuve vide.
Le tableau ci-dessous récapitule les principales configurations d’usage :
| Usage | Dose Garlon Pro | Volume de bouillie | Dose max/ha |
|---|---|---|---|
| Dévitalisation sur pied (arbustes) | 1 L / 100 L d’eau | 200 à 400 L/ha selon végétation | 2 L/ha |
| Traitement localisé (zones repousses) | 1 L / 100 L d’eau | Selon surface traitée | 2 L/ha |
| Après débroussaillage mécanique | 1 L / 100 L d’eau | Pulvérisation localisée sur rejets | 2 L/ha |
Quand et comment appliquer le Garlon Pro
Le cadre légal est clair et non négociable : le Garlon Pro en prairie ne peut être appliqué que du 1er mars au 31 juillet. Cette fenêtre correspond à la période de végétation active, quand les plantes sont en pleine montée de sève et donc les plus perméables à l’action systémique du produit. Traiter en août ou en septembre, c’est dépenser du produit pour rien, voire endommager des végétaux au mauvais stade.
L’application est obligatoirement localisée. La réglementation interdit de traiter plus de 20 % de la superficie d’une prairie par an. Après traitement, un délai minimum de 14 jours s’impose avant toute réintroduction du bétail ou toute fauche. En pratique, on utilise un pulvérisateur à rampe basse ou un appareil à dos avec une buse localisée, en évitant tout dérive sur les zones non ciblées. Le timing n’est pas une formalité : c’est lui qui détermine si le traitement sera efficace ou inutile.
Les erreurs qui font échouer le traitement
La première erreur, et de loin la plus courante, c’est de traiter trop tard dans la saison. En août, les végétaux ralentissent leur circulation de sève. Le triclopyr ne descend plus jusqu’aux racines. On brûle les feuilles, la plante repart six semaines plus tard. La deuxième erreur : traiter après une annonce de pluie. Si la pluie tombe dans les six heures suivant l’application, le produit est lessivé avant d’avoir pénétré. Résultat nul, produit gaspillé.
Il y a aussi cette tendance à vouloir en mettre plus pour en faire plus. Dépasser les doses homologuées n’améliore pas l’efficacité, cela risque d’endommager le couvert herbacé qu’on cherche précisément à préserver. Enfin, traiter des végétaux stressés par la sécheresse ou le gel ne sert à rien : une plante qui n’est pas en activité ne transporte pas le produit. Sur le terrain, ça semble évident. Pourtant, c’est là que ça accroche.
Précautions, EPI et stockage : ce qu’on lit rarement ailleurs
Le Garlon Pro impose une zone non traitée (ZNT) de 5 mètres par rapport aux points d’eau, cours d’eau et fossés. Cette contrainte n’est pas optionnelle : c’est une condition de son homologation. Pour l’opérateur, les équipements de protection individuelle requis sont les suivants :
- Gants de protection chimique résistants aux solvants
- Combinaison de protection ou vêtements couvrants imperméables
- Lunettes de protection contre les projections
- Bottes résistantes aux produits chimiques
Le stockage du concentré émulsionnable doit se faire à l’abri du gel et de la chaleur excessive, dans son emballage d’origine hermétiquement fermé. Les fonds de cuve doivent être dilués et épandus sur une zone déjà traitée, jamais vidangés dans un fossé. Les emballages vides sont à rincer trois fois et à remettre à une filière agréée (réseau ADIVALOR en France). Ce n’est pas de la paperasse : c’est ce qui sépare un professionnel qui maîtrise son outil d’un utilisateur qui crée des problèmes pour tout le monde.
Garlon Pro face à ses équivalents et alternatives
Le Garlon Pro n’est pas le seul produit à disposer de l’AMM 8100006. Plusieurs spécialités commerciales partagent la même formulation et le même numéro d’autorisation : RONX, SPICANET EV, SEMILLE, et GARLON L 60. Les différences sont essentiellement commerciales, liées aux distributeurs et aux conditionnements. Sur le plan technique, les formulations sont identiques ou très proches. Choisir l’un ou l’autre dépend souvent de la disponibilité chez votre coopérative.
La comparaison avec le glyphosate mérite qu’on s’y arrête, parce que la confusion est fréquente. Le glyphosate est un herbicide total : il tue tout ce qu’il touche, graminées comprises. En prairie, son usage est une contradiction dans les termes. Le tableau suivant résume les différences essentielles :
| Critère | Garlon Pro | Glyphosate |
|---|---|---|
| Sélectivité graminées | Oui | Non |
| Cible principale | Ligneux, dicotylédones | Toute végétation |
| Usage en prairie | Oui (sous conditions) | Non recommandé |
| Action racinaire | Oui (systémique) | Oui (systémique) |
| Statut de vente | Usage professionnel uniquement | Usage professionnel uniquement |
Pour un professionnel qui entretient des prairies, des talus ou des bords de chemin enherbés, le débat est vite tranché. Utiliser un herbicide total sur une prairie, c’est résoudre un problème en en créant un autre. On ne répare pas une prairie avec un débroussaillant aveugle, comme on ne taille pas une haie à la tronçonneuse.
